mardi 23 septembre 2014


Peut on se fier à la "société de défiance" ?

mercredi 10 septembre 2014

06:01

La recherche décevante de solutions pratiques aux interminables crises économiques et financières conduit fréquemment de beaux esprits à croire qu'un recours général et systématique à un sentiment comme la confiance suffirait à régler le problème.

Ils tirent l'essentiel de leurs certitudes  d'un petit livre de Yann Algan et Pierre Cahuc, intitulé La société de défiance ou Comment le modèle français s'autodétruit, publié en février 2008. Les auteurs sont des économistes réputés, respectivement professeur à l'École d'économie de Paris et à l'École polytechnique.

 

Ce petit ouvrage d'une centaine de pages est entièrement fondé sur (page 18) "plusieurs enquêtes , telles que celles du World Value Survey (WVS) ou de l'International Survey Program (ISSP), qui posent des questions harmonisées dans un grand nombre de pays depuis plusieurs décennies." Mais de toutes ces enquêtes,  pendant toutes ces décennies, ils retiennent une seule question, et leur théorie est fondée sur les réponses à cette seule question qui est : En règle générale, pensez-vous qu'il est possible de faire confiance aux autres ou que l'on est jamais assez méfiant ?

 

Evidemment, tout lecteur curieux se doutant que ce questionnaire a été conçu en anglais va chercher le texte original pour s'assurer de la rigueur de la traduction.  Le voici : Generally speaking would you say that most people can be trusted or that you need to be very careful in dealing with people.

 

Sans être un expert de la langue de Shakespeare, on voit que "faire confiance aux autres" sous-entend "tous les autres", ce qui est très différent de "on peut faire confiance à la plupart des gens"; de même "on est jamais assez méfiant" est aussi très différent de "il faut être très prudent en traitant avec les gens".

 

Un chercheur de l'OFCE, Eloi Laurent, a publié le 13 janvier 2009, un article dans lequel, après avoir relevé une "faute de traduction" (careful ne peut signifier méfiant), il approfondit l'analyse et porte un jugement sévère sur le travail des deux professeurs . Il est ainsi résumé dans la conclusion : "Le thème de l'étude d'Algan et Cahuc est sans doute intéressant, mais l'application qu'ils font de méthodes empiriques partielles à des données incertaines dans un cadre théorique indéterminé pour en tirer des conclusions radicales amoindrit considérablement sa portée scientifique. … Au terme de cet examen, l'idée d'une société française rongée par la défiance généralisée, de Français méfiants de tout et de tous, ne semble avoir ni de sens théorique précis, ni de fondement empirique solide. … Il y a sans doute un mystère de la confiance française, mais il demeure largement entier une fois l'ouvrage de Algan et Cahuc refermé."

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